Le culte de la Liberté

Le culte de la Liberté

vendredi 19 janvier 2018

L’évolution et les réfugiés

Devant le drame des réfugiés, nombreux sont ceux qui décrient le manque d’une vraie politique d’accueil de la part des autorités européennes et nationales. Nos média décrivent par le détail les ratages humanitaires, réels ou perçus, de tel ministre et la souffrance à laquelle sont exposés les réfugiés. Cela soulève bien sûr la question si ces média sont davantage anti tel ministre que pro réfugié, et si donc l’indignation vise davantage le jeu politique que le sort de ces réfugiés. Cependant, l’appel fait à la conscience mérite réflexion pour au moins une raison précise et jamais invoquée. Vu la philosophie à laquelle adhère la très grande majorité de notre population occidentale, la compassion devant les réfugiés est-elle justifiée ? Est-elle défendable ? Le propos est choquant, violent même, mais la question me semble pertinente.
La philosophie défendue bec et ongles par nos élites, enseignée dans pratiquement toutes nos institutions d’éducation et prise pour vraie par la plupart des gens, souvent sans réfléchir, est celle de l’évolution darwinienne. Qu’est-ce qu’elle enseigne ?
L’évolution nous dit que l’homme est le seul produit de la matière, du temps et du hasard. Il est issu d’un processus aveugle durant lequel est éliminée sans pitié (naturellement, car la pitié n’existe pas dans la seule matière) toute vie inadaptée. Le chemin de l’évolution est parsemé des cadavres de ces êtres nombreux qui n’ont pas réussi leur progrès. Le hasard a voulu que l’homme surnage dans ce processus. Mais est-il ainsi placé, en quelque sens que ce soit, au-dessus du reste de la Nature ? J’écris ‘nature’ avec une majuscule parce que c’est de plus en plus ce que l’on fait, parce qu’on lui attribue le plus souvent une personnalité, pour ne pas dire une divinité.
Permettez-moi de citer à nouveau les propos de la professeure Emmanuelle Javaux, professeure ordinaire et directrice de l’Unité de Paléobiogéologie, Paléobotanique, et Paléopalynologie du département de géologie de l’Université de Liège.
Interviewée dans le contexte de l’Académie royale de Belgique [1], elle dit ceci en réponse à une question qui touche à l’imprévisibilité de l’évolution et de l’absence de tout dessein :
“C’est cela l’évolution ! Il y a des extinctions mineures puis des extinctions massives où plus de 60% de la diversité disparaît. Cela arrive par hasard. Il n’y a donc pas de direction vers quelque chose de mieux. Il n’y a rien qui soit mieux qu’autre chose ! Souvent, j’ai l’impression qu’on confond la valeur d’une vie humaine avec quelque chose de plus évolué et de plus complexe. Non, il n’y a pas quelque chose de plus évolué qu’autre chose, par exemple qu’une bactérie ! Même s’il y a complexification dans la matière, on a tendance à mettre l’humain au-dessus de la vie alors que c’est un petit maillon dans les animaux eucaryotes, l’une des trois branches de la vie ! Nous ne sommes qu’une espèce dans la diversité du vivant mais une espèce qui a beaucoup d’impact sur les autres espèces !
D’ailleurs, souvent, lorsque je rencontre des gens lors de mes conférences, ils veulent qu’il y ait un sens, qu’on aille vers un mieux et que l’homme en soit le sommet. Je leur réponds que non, que c’est la nature et que nous ne sommes là que par hasard, qu’il n’y a pas de sens. Comme s’il fallait que tout ait un sens et que tout aille vers un mieux ! Vous pouvez donner n’importe quel sens à votre vie, cela n’a rien à voir avec notre biologie, avec notre place dans l’évolution et notre présence sur la planète. D’ailleurs, la majorité de la vie sur la terre est faite d’une cellule mais on ne la voit pas.”
Très logiquement, cette conception matérialiste a conduit par le passé, entre 1860 et 1945 et même plus tard, à l’évolutionnisme social. Dans les sphères universitaires, en Europe comme en Amérique, on a appliqué cette doctrine à ce qui se passe à l’intérieur de l’espèce humaine. On discernait ainsi entre hommes plus et moins évolués, entre hommes à écarter du processus et hommes à conserver, voire à reproduire, pour qu’avance l’évolution de la race humaine. Ces derniers, les plus évolués, étaient généralement identifiés aux races “blanches”, caucasiennes, et encore, dans la mesure qu’ils étaient “sans tares”. Cette compréhension évolutionniste était celle d’Hitler et des Nazis, cela on le sait et on le répète, mais ce n’était pas, et de loin, seulement leur opinion. C’était la façon “normale” de voir parmi les élites des deux continents. Cruel ? Mais comment une bête peut-elle être cruelle ? Et l’homme n’est-il pas une bête quelque peu réarrangée ? Il n’a pas de valeur intrinsèque ajoutée. Parfois, il vaut mieux le supprimer, car le laisser vivre risquerait d’entraver l’évolution.
Bien sûr, on ne croit plus cela ! C’est sûr ? L’avortement dans l’absolu, et l’avortement qui cible en particulier les Afro-Américains (aux USA), n’est-elle pas une résurgence du même mal ? Et où mènera l’euthanasie quand l’économie s’en mêlera pour déterminer quand devra se terminer une vie humaine ? Quand une vie humaine ne mérite-t-elle plus d’être continuée ? Si l’homme n’a aucune valeur individuelle qui le place au-dessus de la Nature, pensez-vous vraiment qu’il échappera à la pression sans pitié de “l’évolution” ?
L’évolution n’a pas de place pour la morale. Donnez le sens que vous voulez, cela n’a rien à voir avec notre biologie et cela n’a aucun fondement objectif ou objectivable. C’est tout au plus une opinion privée sur laquelle tout le monde est en droit d’être d’accord ou non.
Où est-ce que cela laisse les réfugiés ? Avons-nous une obligation morale de leur venir en aide à partir de ces convictions évolutionnistes ? La réponse peu agréable est : non. Car il n’y a pas d’obligation morale possible à l’intérieur d’une telle conviction. Vous pouvez le faire comme vous pouvez refuser de le faire, c’est tout comme. Si on perçoit la venue en masse de ces réfugiés comme une menace, on a toutes les raisons de se servir de tous les moyens pour l’empêcher, et cela d’autant plus si l’on considère le mode de vie occidental comme plus évolué que le leur. Après tout, un des principes très en évidence de l’évolution est la survie du plus fort ou du plus apte. Il se peut que les cadavres des réfugiés ne sont rien d’autre que l’équivalent des millions de morts qui jonchent le parcours de l’évolution. Tout comme il est envisageable que dans cette lutte pour la survie ce sont les occidentaux qui perdront le combat et que ce seront leurs cadavres qui gonfleront les statistiques morbides de l’évolution future. Dans tout cela, il n’y a ni sens, ni morale, ni mauvaise volonté. Que voulez-vous, c’est cela l’évolution.
Ce qui est surprenant, c’est que l’on trouve cela si peu acceptable. Quelque chose en nous se révolte contre une telle façon de voir. C’est immoral, dira-t-on. Et peut-être que ce n’est même pas parce que ce serait immoral, mais parce que nous ne pouvons pas nous décider à vivre selon de tels principes. Notre raison et notre âme (comment l’appeler, cette partie de nous qui se rebelle contre la froideur des conclusions logiques de nos convictions ?) entrent en collision.
Etrangement, cela n’arrive pas partout. La philosophie hindoue, par exemple, s’arrange très bien avec l’indifférence envers les autres. A chacun son karma, après tout. Et malgré l’invocation inlassable d’Allah le compatissant et le miséricordieux, nous n’avons pas l’impression de trouver chez la plupart des Musulmans beaucoup de compassion pour les hommes en souffrance, Africains ou Arabes. De toute évidence, il n’y a pas encore eu de démonstrations dans les rues de La Mecque pour exiger que le gouvernement saoudien vienne en aide avec tous ses moyens – très considérables – aux réfugiés syriens. Ces derniers l’ont bien compris et ne semblent pas pressés de prendre la route de Ryad, ou du Qatar, afin d’y trouver un refuge. Et le problème n’est pas qu’on n’organise pas des démonstrations. Dès que c’est contre Israël ou contre quelques autres causes triées sur le volet, la rue dans ces pays peut être noir d’un monde menaçant la mort et l’enfer. Mais les victimes arabes de la violence arabe semblent être dans l’angle mort.
Autrement dit, la compassion est une fleur rare dans ce monde de brutes. Il semblerait qu’elle ne pousse réellement que sur le sol de la Bible. Nos média, nos ONG et nos politiques qui voudraient nous obliger à venir en aide aux réfugiés ne montrent pas ainsi, bien sûr, leur esprit chrétien, Car la plupart du temps ils détestent la foi chrétienne. Mais ils n’ont pas encore pu se défaire de cette survivance de la morale chrétienne qui a modelé leur continent. D’où la contradiction flagrante entre leurs convictions profondes et leurs paroles. Ils sont, le plus souvent sans le savoir, comme tiraillés entre deux manières de vivre : assumer pleinement la dureté impitoyable de leur philosophie ou tenir à tout prix à la douceur de cette foi qu’ils rejettent pourtant.
Il faut pleurer pour cette génération perdue à l’intérieur d’elle-même. Car l’issue de ce conflit est écrite d’avance. C’est la raison qui gagnera contre un élan de compassion qui n’est plus que du sentimentalisme. Des gens brutaux imposeront un modèle de société sans pitié. Et tout le monde, ou presque, suivra. Les têtes blondes si savamment vidées de tout reliquat de foi chrétienne n’auront même plus de ressources intérieures pour pouvoir penser à changer de direction. Il n’y a probablement de pire esclavage que celui qui procède d’un lavage de cerveau. Quand les chaînes sont à l’intérieur on fait l’économie de la peur d’une révolution.
La théorie de l’évolution avait pour but de chasser Dieu. Mais elle a chassé l’homme en même temps, cet homme qui n’est libre que quand il reconnaît son Créateur et croit à la Bonne Nouvelle de son Fils. En chassant Dieu, elle s’est abandonné à la dictature … du diable. La compassion est une victime collatérale de cet abandon.
On a dit que la révolution dévore ses enfants. C’est encore plus vrai de l’évolution.





[1] Interview publié en son temps sur le site de l’Académie royale de la Belgique, mais qui n’y est plus accessible. Cf. sur ce blog http://alternatio.blogspot.be/2014/09/.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire