Le culte de la Liberté

Le culte de la Liberté

samedi 22 août 2026

Le miracle impardonnable


Aujourd'hui, on nous fait croire qu'être sioniste est une tare.

Mais notre monde danse sur sa tête ! Il est revenu à un antisemistisme que l'on espérait révolu depuis les affres du Nazisme. Mais la bête immonde est toujours bien vivante. Il a seulement changé de nom.

Dans cet article, Pierre Rehov lui rend ses titres de noblesse. Merci à lui !


Éloge du Sionisme, le mouvement de libération nationale qui a le mieux réussi des temps modernes

Pierre Rehov

16 août 2026

 


Le soir du 3 septembre 1897, dans une salle louée à Bâle, un journaliste viennois écrivait dans son journal une phrase qui paraîtrait insensée à quiconque la lirait. À Bâle, écrivait-il, il avait fondé l’État juif. S’il le disait à voix haute, le monde entier rirait. Dans cinq ans peut-être, et certainement dans cinquante, tout le monde le verrait.

Cinquante ans et deux mois plus tard, le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale des Nations Unies votait le partage de la Palestine et la création d’un État juif. Theodor Herzl était mort depuis quarante-trois ans. Il s’était trompé sur presque tous les points tout en ayant raison sur l’essentiel. Voilà l’histoire qu’il faut raconter, et elle a été enfouie sous soixante-dix ans de calomnies accumulées, si épaisses que la plupart des Occidentaux instruits croient aujourd’hui exactement le contraire de chaque fait avéré.

Ce qu’est réellement le Sionisme

Le Sionisme est le mouvement de libération nationale du peuple juif. Voilà sa définition complète. Il affirme que les Juifs constituent une nation, que les nations ont droit à l’autodétermination sur leur terre ancestrale, et que la patrie juive est la bande de terre entre le Jourdain et la Méditerranée où s’est formé le peuple juif, où la loi juive a été écrite, où des rois juifs ont régné, et vers laquelle chaque Juif, en exil, a prié trois fois par jour pendant dix-neuf siècles sans interruption.


Le mot a été forgé par Nathan Birnbaum en 1890. L’idée, elle, est bien plus ancienne. Elle précède le colonialisme européen de deux mille ans et l’État-nation moderne d’une période à peu près équivalente. Quand un Juif de Vilnius, de Fès ou de Bagdad concluait le Seder de Pessah en annonçant l’an prochain à Jérusalem, il ne s’adonnait pas à la métaphore. Il prononçait une affirmation.

Tous les autres mouvements nationaux du XXe siècle bénéficient automatiquement de cette même perspective. Les Irlandais, les Polonais, les Tchèques, les Algériens, les Vietnamiens, les Kurdes. Leur aspiration à un État propre est considérée comme l’expression naturelle de la dignité d’un peuple. Seul le peuple juif voit cette même aspiration requalifiée en crime, et cette requalification est en elle-même le signe le plus ancien du problème. L’exigence que les Juifs soient les seuls à renoncer à ce qui est accordé à tous les autres de droit porte un nom, et ce nom n’a pas changé depuis le Moyen Âge.

Pourquoi l’État n’était pas optionnel


Au XIXe siècle, un marché fut proposé aux Juifs d’Europe : s’assimiler, se faire discret, s’habiller comme ses voisins, parler leur langue, servir dans leurs armées, et ils seraient acceptés comme citoyens. Des millions de Juifs acceptèrent ce marché en toute bonne foi. Ils devinrent des patriotes allemands, des officiers français, des professeurs autrichiens, des médecins russes. Ils offrirent à l’Europe sa physique, sa musique et sa jurisprudence.

Ce marché était une imposture, et il fut révélé au grand jour à deux reprises en vingt ans.


En 1881, l’assassinat d’Alexandre II déclencha une vague de pogroms dans la Zone de Résidence, suivie des lois de mai qui privèrent les Juifs du droit de vivre dans les villages, de contracter des emprunts immobiliers et de commercer le dimanche. À Odessa, un médecin nommé Léon Pinsker, qui avait consacré sa carrière à plaider pour l’intégration des Juifs dans la société russe, publia une brochure intitulée « Auto-émancipation ». Son argumentation était d’une simplicité brutale. Les Juifs étaient partout un peuple fantôme, présents sans corps, et le monde réagissait à leur égard avec l’horreur instinctive réservée aux fantômes. Aucune vertu civique ne saurait guérir le monde de cela. Seul un corps, seul un territoire, le pourrait.


Treize ans plus tard, dans la république la plus éclairée d’Europe, un capitaine d’artillerie juif fut démis de ses fonctions dans la cour de l’École militaire, tandis qu’une foule massée devant les grilles scandait des slogans appelant à la mort des Juifs. Le correspondant de la Neue Freie Presse couvrant cette humiliation était Theodor Herzl. Arrivé à Paris en libéral aisé, il croyait que la question juive se dissoudrait dans l’acide de la modernité. Il repartit convaincu que l’émancipation avait échoué dans le seul pays où elle avait bénéficié de tous les atouts possibles.

Tous deux parvinrent à la même conclusion, par des chemins différents. L’antisémitisme n’est pas un problème de comportement juif. Il ne peut être résolu par de simples améliorations, des mesures visant à rendre les Juifs plus discrets, plus utiles, plus reconnaissants. C’est une caractéristique structurelle permanente des sociétés qui accueillent une minorité apatride, et le seul remède pour un peuple apatride est de cesser de l’être.

L’Europe a passé les années 1941-1945 à leur donner raison avec une méticulosité implacable qui ne laissait place à aucune contestation. Six millions de personnes ont été assassinées parce qu’aucun gouvernement au monde n’était tenu de les défendre, aucune armée n’était prête à intervenir, aucune ambassade à leur délivrer des papiers, aucune marine à prendre la mer. Le Saint-Louis a quitté Hambourg en mai 1939 avec 937 réfugiés juifs à son bord et s’est vu refuser l’entrée à Cuba, aux États-Unis et au Canada. Il a fait demi-tour vers l’Europe. Un quart de ses passagers ont été assassinés par la suite.

Puis, dans les décennies qui suivirent 1948, environ 850 000 Juifs furent chassés de Bagdad, du Caire, de Damas, d’Alep, de Tripoli, de Sanaa, de Fès et d’Alger, des communautés dont certaines étaient antérieures à l’islam de mille ans. Leurs biens furent confisqués, leur citoyenneté révoquée, leurs synagogues incendiées. Ils furent presque entièrement absorbés par un nouvel État en faillite de 800 000 habitants qui les accueillit sans conditions et sans financement international. Aujourd’hui, leurs descendants représentent plus de la moitié de la population juive d’Israël. Jamais le monde n’a été appelé à les considérer comme des réfugiés.

Le Sionisme était la réponse appropriée à une question que l’Europe et le monde arabe posaient avec une clarté indéniable. Les Juifs qui l’ont compris tôt ont survécu. Ceux qui ont attendu que la civilisation les protège sont morts.

The Wailing Wall - The Kotel | Attractions in Jerusalem Old City, Israel

La terre où ils sont arrivés

La Palestine du XIXe siècle était l’une des régions les plus négligées et marginalisées d’un empire en déclin. Elle ne disposait d’aucune existence administrative distincte. Il fut délimité au sein du vilayet de Beyrouth et des sandjaks d’Acre, de Naplouse et de Jérusalem, gouvernés depuis Constantinople par des hommes qui considéraient cette affectation comme une punition.

La politique fiscale ottomane l’avait méthodiquement ruinée. Le code foncier de 1858 exigeait l’enregistrement des titres de propriété, et les paysans, craignant la conscription et l’impôt, ne s’enregistraient pas, permettant ainsi à de vastes étendues de terre d’être concentrées entre les mains de notables absents à Beyrouth et Damas, qui ne voyaient jamais les champs qu’ils possédaient. La dîme sur les cultures arboricoles était calculée de telle sorte que planter un verger revenait à se ruiner, si bien que les coteaux autrefois aménagés en terrasses et boisés se retrouvèrent dénudés. Le bois restant fut abattu pour le chemin de fer du Hedjaz. La plaine côtière, privée de drainage, redevint un marécage infesté de moustiques. Le bassin de Huleh, au nord, était un véritable nid à moustiques. La vallée de Jezreel, le grenier à blé de l’Israël biblique, était devenue une étendue d’eau stagnante.


Les chiffres de population parlent d’eux-mêmes. Le recensement ottoman de 1878 dénombrait environ 460 000 habitants dans les trois districts. Moins d’un demi-million d’âmes sur un territoire qui, aujourd’hui, en abrite quinze millions entre le fleuve et la mer. Tous les voyageurs occidentaux qui l’ont traversée au cours de ce siècle ont partagé la même impression, et pourtant, leurs témoignages étaient loin d’être concertés. Mark Twain, qui y passa en 1867 et n’avait aucun intérêt pour le renouveau national juif, décrivit un pays envahi par les mauvaises herbes, une étendue silencieuse et lugubre où il chevaucha des heures durant sans croiser âme qui vive. Il qualifia Jérusalem de village. La terre n’était pas vide, mais épuisée, dépeuplée bien plus qu’elle ne l’avait jamais été, et agonisante.

C’est ce territoire que les premiers pionniers sionistes achetèrent. Ils l’achetèrent à prix d’or, au comptant, à des vendeurs consentants, grâce à l’argent collecté auprès de fermiers et de commerçants juifs de toute l’Europe. En 1921, la famille Sursock de Beyrouth, une famille de notables orthodoxes grecs qui avait acquis la vallée de Jezréel de l’État ottoman et n’y avait jamais vécu à moins de deux cents kilomètres, vendit quelque 240 000 dounams de marais infestés de moustiques à des acheteurs juifs, à un prix qui aurait permis d’acquérir des terres agricoles de premier choix en France. Les acheteurs les asséchèrent à la main. Beaucoup sont morts du paludisme en le faisant. Voilà la conquête coloniale que le monde a été sommé de condamner.

L’immigration dont personne ne parle

Voici le fait qui fait voler en éclats tout le récit moderne, et il provient des archives coloniales britanniques plutôt que d’une source israélienne.


Entre le recensement de 1922 et la fin du Mandat, la population arabe de Palestine a crû à un rythme qu’aucune croissance naturelle de la région ne pouvait expliquer. [1] Cette croissance a été la plus rapide précisément là où la colonisation et les capitaux juifs étaient les plus concentrés. Haïfa, Jaffa et Jérusalem, les trois centres de l’activité économique juive, ont vu leur population arabe se multiplier plusieurs fois en vingt-cinq ans. Naplouse, Hébron et Gaza, villes entièrement arabes non touchées par les investissements juifs, ont connu une croissance bien moindre. On ne migre pas vers l’oppression, mais vers un meilleur salaire.

Les Britanniques savaient parfaitement ce qui se passait. Le rapport Hope Simpson de 1930 constatait l’immigration clandestine en provenance de Syrie et de Transjordanie et recommandait de la contrôler. Des milliers d’ouvriers venus du Hauran affluèrent pour travailler à la construction du port de Haïfa et dans les plantations d’agrumes. Winston Churchill, témoignant devant la Commission Peel en 1937, balaya d’un revers de main toute l’idée de griefs arabes, observant que loin d’être persécutés, les Arabes avaient afflué dans le pays et s’étaient multipliés.

Les noms de famille figurent encore aujourd’hui dans l’annuaire téléphonique. Al-Masri, l’Égyptien. Al-Hourani, du Hauran en Syrie. Al-Mughrabi, du Maghreb. Al-Halabi, d’Alep. Al-Iraqi. Al-Yamani. Une population qui occupe le même sol depuis des temps immémoriaux ne se nomme pas d’après les lieux dont elle est originaire trois générations plus tôt.

Ainsi, la véritable chronologie est exactement inverse à celle enseignée dans les universités occidentales. Des immigrants juifs achetèrent des terres en friche, les asséchèrent, les irriguèrent, les cultivèrent, construisirent des ports, des routes, des centrales électriques et des hôpitaux, et créèrent la seule économie florissante entre Le Caire et Beyrouth. Des immigrants arabes, venus des pays voisins, vinrent profiter de cette prospérité. Et leurs petits-enfants revendiquent aujourd’hui le statut moral d’un peuple autochtone dépossédé par des colons étrangers.

Les miracles


Ce que les sionistes ont accompli sur cette terre en l’espace d’une seule génération est sans précédent dans l’histoire de la construction nationale, et les détails méritent d’être relatés plutôt que résumés.

Ils ont ressuscité une langue. Eliezer Ben-Yehuda débarqua à Jaffa en 1881, parlant une langue qui avait été liturgique et littéraire pendant dix-huit siècles, mais jamais parlée couramment dans aucun foyer au monde. Il éleva son fils comme le premier locuteur natif de l’hébreu depuis l’Antiquité. Aujourd’hui, neuf millions de personnes l’utilisent pour discuter, flirter, plaider et développer des logiciels. Aucune autre langue morte de l’histoire de l’humanité n’a été ramenée à un usage quotidien, et aucune ne le sera jamais, car les conditions sont impossibles à recréer.

Ils ont résolu le problème de l’eau. Simcha Blass remarqua qu’un arbre poussait anormalement grand par rapport à ses voisins et en découvrit la cause : une lente fuite dans une canalisation enterrée. Cette découverte lui donna le principe d’apporter l’eau goutte à goutte à la racine plutôt que d’inonder le champ. Netafim a été fondée sur cette intuition au kibboutz Hatzerim, dans le Néguev, en 1965. Aujourd’hui, l’irrigation au goutte-à-goutte irrigue les cultures sur tous les continents, nourrissant des populations qui n’ont jamais entendu parler d’Israël et qui, si elles le connaissaient, le détesteraient. Israël recycle aujourd’hui près de 90% de ses eaux usées, un taux plus de quatre fois supérieur à celui du deuxième pays le plus performant au monde en la matière, et puise environ la moitié de son eau potable dans la Méditerranée grâce à l’osmose inverse. Un État désertique, situé dans une région en proie à des conflits perpétuels autour de l’eau, dégage un excédent.

Ils ont assaini les marécages. La vallée de Huleh a été drainée dans les années 1950, celle de Jezreel une génération plus tôt, et l’Organisation mondiale de la santé a certifié Israël exempt de paludisme en 1967, dans une région où la maladie était endémique depuis l’âge du bronze.

Ils ont planté des forêts. Le Fonds national juif a planté plus de 240 millions d’arbres en Israël, faisant de ce pays l’un des rares à avoir entamé le XXIe siècle avec une couverture forestière supérieure à celle du début du XXe, contrairement au Sahel et à l’Amazonie.

L’agriculture israélienne a été reconstruite à partir de rien. La tomate cerise moderne a été mise au point à l’Université hébraïque. Les troupeaux laitiers israéliens produisent plus de lait par vache que partout ailleurs dans le monde. Le pays exporte des produits alimentaires malgré sa situation géographique précaire.

Israël a bâti une culture scientifique à partir de réfugiés. Quatorze prix Nobel, dont six en chimie, pour une nation de dix millions d’habitants. Les dépenses en recherche et développement dépassent les 6% du PIB, un taux record au sein de l’OCDE et plus du double de la moyenne. Intel a ouvert son premier centre de conception hors des États-Unis à Haïfa en 1974, et c’est là qu’ont été conçus le processeur au cœur du premier ordinateur personnel IBM, ainsi que l’architecture qui a sauvé l’entreprise trente ans plus tard. La clé USB, le pare-feu, la caméra de la taille d’une pilule qui photographie l’intestin grêle, Waze, Mobileye, Copaxone, le Dôme de fer. Un pays de la taille du New Jersey, en guerre permanente, produit davantage de ces technologies en une décennie que les vingt-deux États de la Ligue arabe depuis que la découverte du pétrole en a fait l’accident le plus riche de l’histoire économique.

Et ils ont accueilli tout le monde. En trente-six heures, en mai 1991, trente-quatre avions dont les sièges avaient été retirés ont transporté 14 325 Juifs éthiopiens hors d’Addis-Abeba. Deux bébés sont nés en vol. Cela reste le seul cas dans l’histoire moderne où des Africains ont été transportés en masse par-delà la mer par un pays à majorité blanche dans le but d’en faire des citoyens libres plutôt que des esclaves. Un million de Juifs soviétiques ont suivi après 1991 et ont été intégrés à un pays de cinq millions d’habitants, ce qui équivaut démographiquement à ce que les États-Unis accueillent soixante millions de personnes en une décennie et leur délivrent à tous un passeport.

Le verdict

Le Sionisme a pris un peuple dispersé, désarmé et systématiquement assassiné, et lui a donné une armée, un parlement, une monnaie, une langue, un littoral et un avenir. Il a accompli cela en cinquante ans, sur un terrain dévasté, sans aucun soutien impérial, tout en repoussant les invasions de 1948, 1967 et 1973 et en accueillant plus de réfugiés par habitant qu’aucun autre État ne l’a jamais fait.

Mesuré selon n’importe quel critère que le monde applique à quiconque, il s’agit du mouvement de libération nationale le plus réussi du XXe siècle et de l’une des plus grandes réalisations constructives de l’histoire de l’humanité.

C’est précisément pourquoi il est impardonnable. Un État juif en faillite susciterait la pitié. Un État juif modeste serait toléré. Ce qui est insupportable, c’est un État juif qui fonctionne, qui triomphe, qui nourrit les enfants de ses ennemis grâce à la technologie d’irrigation qu’il a offerte, et qui constitue une réfutation vivante et permanente de toutes les excuses avancées par chaque régime voisin pour justifier sa propre misère.

Herzl avait raison à Bâle. Le monde a ri, puis il a cessé de rire, et maintenant il a décidé d’être furieux. Qu’il soit furieux. Les arbres sont plantés, la langue est parlée, l’eau remonte par des canalisations jusqu’au Néguev, et le drapeau ne sera pas abaissé.

https://pierrerehov.substack.com/p/the-miracle-they-cannot-forgive

 

samedi 18 avril 2026

Analyse de la question palestinienne de l’Antiquité à 2006

 Il y a aujourd'hui beaucoup d'efforts pour changer l'histoire palestinienne. Cela va de pair avec une délégitimation d'Israël ou, au bas mot, avec une critique acerbe d'Israël. Cette analyse était écrite en 2006. Elle ne prend donc pas en compte les derniers vingt ans. Mais elle donne un résumé objectif de la situation.


La Palestine : un peuple ou un pays ?

L’idée d’un peuple palestinien est récente. C’est un mythe moderne, créé de toutes pièces depuis l’indépendance d’Israël en 1948 et dont le but est de servir de pendant au Sionisme. Bien que la solution de deux états pour en finir avec la lutte entre Juifs et Arabes ait été mentionnée avant 1948, il faut attendre les années ’90 pour que l’idée d’un état palestinien prenne forme. Historiquement pourtant, la Palestine est une région et non un état. Comme la Palestine n’a jamais été un état souverain, elle n’a jamais eu de capitale, de monnaie ou de langue spécifique. Elle n’a jamais été un pays d’accueil ethnique ou religieux pour les Arabes comme elle l’est pour les Juifs. Dans toute la longue histoire de ce pays il n’y a jamais eu un groupe qui s’est considéré comme “des Palestiniens”. Qui peut alors prétendre avoir eu des ancêtres palestiniens, enracinés profondément dans ce pays depuis des générations ? Pour répondre à cette question, il faut analyser l’histoire de cette région et des peuples qui y ont habité.

L’antiquité

Le premier groupe qui a habité durablement dans le pays était le peuple d’Israël. Depuis presque 1500 avant Jésus-Christ jusqu’à l’an 70 de notre ère, Israël a survécu à plusieurs occupants, à savoir les Assyriens, les Babyloniens, les Perses, les Grecs et les Romains. Malgré ces invasions et une captivité, les Israélites se sont rétablis comme peuple, meurtri mais vivant.

Vers 960 avant Christ :

Construction du premier temple à Jérusalem.

Vers 586 avant Christ :

Destruction du premier temple et captivité babylonienne.

Vers 536 avant Christ :

Retour des Juifs de Babylone.

Vers 520-515 avant Christ :

Construction du deuxième temple à Jérusalem.

Jérusalem et ce deuxième temple resteront à leur place jusqu’au premier siècle de notre ère. Mais en 70 AD, après avoir été investie par les Romains, suite à la Guerre des Juifs qui avait éclaté en 66, la Ville Sainte et le deuxième temple sont détruits. Le massacre et la destruction conduisent à la dispersion des Juifs à travers tout l’Empire romain.

Plus tard, sous l’empereur Hadrien au début du deuxième siècle, l’expulsion des Juifs hors d’Israël est devenue plus systématique. Suite à la résistance sans fin des Juifs contre la domination romaine, Hadrien mena une campagne acharnée pour ôter l’épine juive de l’Empire romain. Il y eut d’abord une tentative de briser la religion et la culture juive : la législation de la Tora fut interdite, le calendrier juif fut supprimé, les savants juifs furent exécutés et les ruines du Mont du Temple furent transformées en un lieu d’adoration des divinités romaines.

Après cela, Hadrien a encore étendu cette politique très dure. Il voulait effacer tous les liens historiques et religieux des Juifs avec leur pays. Le résultat fut la mort de plus de 500.000 Juifs. Au moins un millier de villages furent rasés.

Les noms Israël et Jérusalem furent enlevés des cartes géographiques. Hadrien donna à Jérusalem le nom d’Aelia Capitolina, renvoi à un de ses propres noms et au nom de Jupiter. Pour bonne mesure, le pays d’Israël reçut le nom de Palestine, nom de l’ancien peuple ennemi des Juifs, les Philistins.

Pourtant, il restait des communautés juives à Safed, à Tibériade, à Hébron et à Jérusalem, et de nombreuses petites communautés ailleurs dans le pays, preuve que la politique de nettoyage ethnique d’Hadrien a échouée. Leur survie et leur croissance témoignaient de la continuation de l’histoire juive du pays, témoignage ininterrompu depuis l’établissement de Jérusalem comme capitale d’Israël par le roi David vers 1000 avant Christ.

La domination musulmane et la persécution croissante en Europe

En l’an 637, Jérusalem fut conquise par les Arabes musulmans qui ont dominé le pays jusqu’au début des croisades en 1099. À cette époque, des Juifs ont combattu du côté des Arabo-musulmans pour défendre Jérusalem. Les croisés, avec le signe de la croix peint sur leurs boucliers, étaient sans pitié devant les populations juive et arabe.

En 1291, les Musulmans ont repris le contrôle de la région. Après avoir chassé les croisés, les Mamelouks y ont régné jusqu’en 1516. Bien que les Musulmans, comme les croisés avant eux, aient souvent fait preuve de cruauté à l’égard des Juifs, leur domination a été, dans l’ensemble, plus tolérante que celle des croisés.

Après la grande dispersion des Juifs dans tout l’empire romain, les communautés juives en Europe ont connu un grand essor. À tel point qu’au début du 13e siècle, les persécutions des Juifs reprirent. De nouveau, on bannit les Juifs de leurs maisons et de leurs communautés. C’était la conséquence de leur prospérité et de leur influence croissantes, mal vécues par beaucoup d’Européens. L’idée du Juif errant — sans lieu qui lui appartienne — s’est enracinée dans le sol fertile de l’Antisémitisme européen. Dans certains cas, les Juifs furent expulsés d’endroits où ils avaient vécu depuis mille ans. Ces persécutions européennes ont été la semence du Sionisme moderne et de la conviction que le pays d’Israël constituait l’unique patrie sûre pour les Juifs. L’histoire raconte les expulsions des Juifs d’Espagne et d’autres pays européens au 15e siècle, et les vagues de retour, d’Aliya, vers leur ancienne patrie historique. Cette tendance s’est poursuivie lorsque les Ottomans ont obtenu l’autorité sur la Palestine. Les Juifs continuaient à chercher un lieu sûr devant les persécutions et les expulsions en Europe chrétienne. Beaucoup se sont établis dans l’empire ottoman où ils pouvaient prospérer. Cette tendance d’immigration dans un empire ottoman aux apparences si tolérant a duré jusqu’au début du 19e siècle.

À la fin du 19e siècle, suite aux pogroms antisémites en Europe de l’Est et en Russie, de plus en plus de Juifs ont émigré vers la Palestine. Ils achetaient des terres aux propriétaires européens, turcs et arabes, souvent à des prix exorbitants. Ils asséchèrent les marécages, rendirent fertiles les déserts et bâtirent des villes. Le pays se mit à fleurir comme par le passé. Les Juifs s’établirent sur des terres délaissées et, par leur travail et leur persévérance, en firent un pays prospère, chose que les Arabes n’avaient jamais réussi. Mais cela attisait leur jalousie et leur fit craindre le Sionisme. Des tensions inévitables entre immigrants juifs et le monde arabe, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Palestine, enracinées dans des inimitiés séculaires, revinrent à la surface. Au fur et à mesure que le pays se développait, l’idée de la renaissance d’une identité juive nationale naissait dans la pensée sioniste. Ils voulaient réaliser ce qui n’avait jamais été qu’un rêve pour leurs ancêtres en Europe : créer un état juif dans le pays d’Israël, leur patrie.

Les nouvelles frontières au Moyen-Orient

Lorsqu’à la fin de la Première Guerre Mondiale, en 1918, les Ottomans avaient perdu leur empire, la Société des Nations remit l’avenir du Moyen-Orient entre les mains des puissances européennes. Comme en Europe, de nouvelles frontières furent tracées après la guerre. La Grande Bretagne obtint l’autorité sur la Palestine et accorda, du moins sur papier, une grande partie de cette région aux Juifs par la fameuse déclaration de Balfour de 1917. Après sa publication, les Juifs ont commencé ouvertement à y construire une patrie. La population arabe ne vit pas d’un bon œil l’idée du Sionisme et l’arrivée de toujours plus d’immigrants juifs, fuyants les persécutions en Europe. Une guérilla contre les Juifs en fut le résultat. Ce n’est pas très clair qui a tiré le premier, mais vers 1920, le pays était déchiré par des actes de guérilla, des milices populaires et des combats de rue des deux côtés. La tactique était très différente entre Juifs et Arabes. Du côté juif, l’Agence Juive et le Haganah s’efforçaient de limiter les actions des extrémistes sionistes, qui ont fini par être dissolus légalement. Par contre, les actes de terreur arabe contre les Juifs ne furent pas seulement tolérés, mais encouragés par les autorités et les gouvernements arabes.

Le Mufti de Jérusalem

Le dirigeant spirituel des Arabes en Palestine était le Mufti de Jérusalem, Hadj Amin al-Husseini. Il poussait à commettre des accrochages, des attentats à la bombe et des assassinats contre les Juifs. On le considéra comme un des fidèles d’Hitler et l’organisateur des SS bosniaques. Il se servait de Berlin comme base pour ses émissions de propagande pour les troupes islamiques qui combattaient pour les Nazis.

La solution à deux états

Suite aux mois de révolte et de terreur arabes, le ministre britannique Peel publia un rapport avec le conseil de diviser la Palestine en deux parties, un état juif et un état arabe. Les Juifs acceptèrent le rapport, parce qu’ils se rendaient compte que la collaboration dans le cadre d’une législation internationale était le seul moyen pour qu’un état juif soit reconnu. Les Arabes rejetèrent la proposition et, au lieu de préparer un gouvernement, investirent le présent comme l’avenir dans un effort d’élimination des Juifs afin d’obtenir un état par après. Cette erreur fatale doit être vue comme la cause principale de beaucoup de souffrance palestinienne/arabe aujourd’hui. Puisque la Grande Bretagne n’avait pu trouver une solution pacifique, elle transmit la question de l’avenir de la Palestine aux Nations Unies.

Le 29 novembre 1947, l’Assemblée Générale de l’ONU vota le projet d’une solution à deux états, l’un juif, l’autre arabe. Cette décision fut immédiatement rejetée par les Arabes qui déclenchèrent une attaque contre les localités juives de la terre disputée.

Le “Plan de partage” contenait un chapitre sur une union économique entre les deux nouveaux états. Le rejet de ce plan par les Arabes signifiait bien sûr aussi le rejet du volet économique.

Dans les jours et les semaines qui ont suivi le vote du Plan de partage de l’ONU en novembre 1947, beaucoup de Juifs périrent ou furent blessés dans de nombreuses attaques terroristes.

La naissance d’une nation

Le 14 mai 1948 fut proclamé, unilatéralement, l’indépendance d’Israël. Le 15 mai, le lendemain, six armées arabes envahirent l’état qui venait de naître. Israël s’est défendu et a réussi, non seulement à défendre ses frontières nouvelles, mais même à les étendre. Le monde vit avec étonnement comment ce jeune état juif a pu vaincre malgré des revers et survivre à une attaque organisée d’armées arabes largement supérieures en nombre et bien décidées à le détruire.

Le problème des réfugiés

Pour différentes raisons, avant le début de ce que nous connaissons aujourd’hui comme la guerre d’indépendance d’Israël, les Arabes ont commencé à quitter leurs villages pour se réfugier dans les pays limitrophes, la Jordanie, la Syrie et le Liban. On croyait dans les pays arabes que les Juifs si pauvrement équipés n’allaient pas faire long feu devant leurs ennemis et que les Arabes palestiniens retrouveraient alors leurs maisons. Mais les Arabes ont perdu la guerre et les Palestiniens réfugiés se sont retrouvés dans une situation sans issue. Il n’est pratiquement pas possible d’obtenir des chiffres exacts du nombre de Palestiniens devenus réfugiés par le conflit et la victoire inattendue d’Israël. Les estimations varient entre 600.000 et 750.000. Maintenant, des générations plus tard, il y en a plus de 4 millions. Leur niveau de vie est tout sauf enviable.

Ce qu’on oublie un peu facilement est que les Arabes qui ne sont pas partis en attendant la défaite d’Israël, sont ensuite devenus des citoyens à part entière de l’état d’Israël.

Ils sont aujourd’hui plus d’un million et ont leurs représentants dans le parlement démocratique d’Israël, la Knesset. Ils jouissent des mêmes droits civiques et économiques et d’autres avantages que les autres habitants d’Israël.

Ce qu’on oublie aussi, parfois volontairement, est qu’il y avait en même temps un autre problème de réfugiés, mais, contrairement au problème palestinien, celui-là a été résolu. En 1948, plus de 850.000 Juifs habitaient dans les pays arabes, souvent dans des communautés fondées au temps des Romains. À cause du conflit grandissant entre les Arabes et les Juifs, ils ont été forcés de fuir leurs maisons. Ils ont tout perdu, mais trouvèrent rapidement une nouvelle maison à l’intérieur des frontières d’Israël. Cela tranche avec les réfugiés arabes à qui les pays arabes ont refusé une solution semblable.

En 1949, un armistice fut signé entre Israël et les Arabes. Cela n’a pas débouché sur une paix durable. Tout au plus, cela a limité quelque peu les hostilités. En 1956, de nouvelles menaces avaient pour cause la fermeture par l’Égypte du Canal de Suez pour les bateaux israéliens ou à destination d’Israël. Cette menace a abouti au prochain conflit armé pendant lequel Israël a conquis la bande de Gaza et le Sinaï.

La guerre de Six Jours

Les années ’60 furent marquées par l’escalade des attaques terroristes arabes à travers les frontières égyptiennes et jordaniennes. Il y eut aussi des bombardements incessants à partir des hauteurs du Golan sur les villages agraires de la Galilée. La guerre éclata en juin 1967, lorsque les gouvernements syrien, iraquien, jordanien et saoudien, excités par l’Égypte, massaient leurs troupes aux frontières d’Israël. Les déclarations anti-israéliennes des leaders arabes et l’exigence de l’Égypte que les troupes de l’ONU se retirent du Sinaï, ont convaincu Israël que la guerre était inévitable. Pour garder l’initiative, les forces israéliennes ont décidé de frapper les premiers. Le résultat fut une victoire éclatante en six jours et une augmentation considérable du territoire.

Après six jours de combats intenses, Israël avait réussi à reconquérir les terres bibliques de Judée et de Samarie, Gaza et les hauteurs du Golan, ce qui fit enfin disparaître la menace permanente de bombardements sur les villages du Nord de la Galilée. Les bateaux israéliens pouvaient de nouveau passer librement par le détroit de Tirana. Et, bien plus important, Jérusalem, qui avait été occupée durant des siècles et qui avait été partagée entre la Jordanie et Israël, se retrouvait enfin réunie sous autorité israélienne.

Dans les décennies qui suivirent, Israël avait le défi difficile de transformer les victoires militaires en une paix durable, tout en étant continuellement soumis à des actes de terreur et à des bruits de guerre. À cela s’ajouta, avec une grande régularité, la pression internationale pour échanger des territoires contre une paix toujours hors atteinte.

En même temps, la situation des réfugiés palestiniens devenait brûlante. Leur vie devenait de plus en plus insupportable, souffrant d’un conflit qui s’était enlisé et d’un malaise économique. Par une aide financière et humanitaire, Israël s’est efforcé à améliorer leur qualité de vie. En contraste, l’aide des états arabes est restée bien maigre. Il faut noter qu’Israël a allégé le sort des réfugiés sans y avoir été obligé et sans pression internationale.

Le mythe palestinien

Après la Guerre de Six Jours de 1967, l’Organisation pour la Libération de la Palestine (OLP) sous la conduite de Yasser Arafat a progressivement imposé son leadership sur les Arabes palestiniens. L’OLP avait pour but de détruire l’état juif et de créer un état palestinien à sa place. C’est en ce temps qu’est né le mythe d’un état palestinien. Il servait d’argument de propagande pour montrer que les Palestiniens étaient les propriétaires légitimes du territoire de la Palestine. Ils seraient les seuls habitants qui pouvaient se targuer d’un lien historique ininterrompu avec le pays, du moins, jusqu’au moment où l’agresseur, Israël, les en a chassés.

Les accords d’Oslo

En 1993 fut signé sur la pelouse devant la Maison Blanche à Washington un accord qui entrerait dans l’histoire sous le nom des Accords d’Oslo. Tandis que, mal à l’aise, le premier ministre Rabin prenait la main tendue de Yasser Arafat, les spectateurs émerveillés espéraient que cela aboutirait enfin à la paix. Ainsi, il n’est guère étonnant que les attentes fussent palpables en cette veille de Camp David II, pendant l’été de l’an 2000. Mais Yasser Arafat quitta la table des négociations pour lancer une nouvelle campagne de terreur contre Israël, mieux connue sous le nom de l’intifada. Les victimes étaient nombreuses des deux côtés. Quelqu’un a dit un jour : « Arafat ne rate jamais une occasion pour rater une occasion. »

Beaucoup de poètes palestiniens se sont lamentés de cette tragédie qui a transformé leur société d’un peuple paisible en une société qui glorifie l’enfant martyr qui sacrifie sa vie dans un bain de sang innocent.

La paix ?

Au Moyen-Orient, le statuquo ne dure jamais très longtemps. Le leadership de l’Autorité Palestinienne a changé. La mort de Yasser Arafat à Paris fin 2004 a conduit à une lutte pour le pouvoir. Des factions terroristes, comme le Hamas, se sont battues pour obtenir le contrôle de la population palestinienne. Le Hamas a pris beaucoup d’ampleur. Il est au pouvoir dans la bande de Gaza qu’Israël a quitté en 2005. Mais il n’y eut pas de paix. Chaque jour, des roquettes sont lancées sur Israël à partir de Gaza. Au Liban, la menace du Hezbollah est réelle. En 2006, dans une courte guerre, Israël a essayé, en vain, d’en finir avec cette menace de terreur. Depuis, une force internationale doit veiller à ce que la paix sur la frontière entre Israël et le Liban soit maintenue.

Entretemps, l’appel pour la paix dans cette région du monde ne faiblit pas. Les Etats-Unis et d’autres pays sont fatigués du problème palestinien. Réussira-t-on à trouver la paix ? Seul l’avenir nous le dira. Mais il est tristement clair que la guerre d’usure contre Israël, avec des morts et des blessés des deux côtés, ne montre aucun signe de fléchissement.

En fin de compte, et malgré tous les efforts pour établir la paix, seule la venue du Messie conduira à une paix véritable.

 

Chapitre 6 supplément dans l’étude Focus op Israel, Christenen voor Israel Educatief, Chai Press 2006.

Traduction : Egbert Egberts, 2025.